On prend l'air

Moissac-Abbaye

On y est, le joyau roman de Moissac, inscrit au patrimoine de l’Humanité au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle : l’abbaye Saint-Pierre. Plus précisément, on a visité son abbatiale (église construite pour une abbaye) et son cloître (on a déjà parlé de ça ici et ici).
La construction de l’édifice actuel s’étale du XII° au XV° siècle mais son emplacement fut consacré dès le IV° par les romains. En arrivant par le centre de la ville, on tombe sur l’abbatiale en premier, édifice de briques et de pierres dont le style roman souligne l’ancienneté et la rusticité apparente. Quand je dis « rustique », ça fait un peu tassé et lourd, comme les meubles des grands parents (que les historiens de l’art me pardonnent). On voit assez bien que la construction a été remaniée (ça fait un peu Lego on a trouvé, les briques rouges sur les blanches), mais elle n’égale jamais la partie conservée la plus ancienne : celle du tympan. La scène représentée, inspirée -comme beaucoup d’autres édifices de la période- du Livre des Révélations*, possède un charme et une dimension spirituelle décuplée par la sculpture romane et ses représentations pas vraiment réalistes (les positions des personnages sont parfois bien cocasses), et bien qu’on ait tenté de lui rendre justice en photo, y’a pas vraiment d’alternative que d’aller le voir ainsi que le reste du porche, colonnes et porte TRES massive : mille ans d’histoire et deux mille ans de civilisation judéo-chrétienne dans les dents. D’ailleurs on a trouvé l’intérieur de l’église carrément moins impressionnant, mais des pièces d’intérêt quand même : le bénitier devant l’autel, le choeur et ses inscriptions, le sarcophage sur la gauche, les sculptures et tableaux pluricentenaires et surtout la voûte.
Une fois sortis, on est allés au cloître (dont l’entrée est payante, pour info). Construit en 1100, il comprend 76 chapiteaux (la partie en haut des colonnes) uniques dont 50 historiés (qui représentent des scènes bibliques) et un représentant les 4 évangélistes, 8 colonnes dont les faces représentent les apôtres (piliers de l’église, aaaah la symbolique…), au milieu, de l’herbe, et au centre, un immense cèdre. Il y a des entrées dans les bâtiments autour, présentant diverses explications au niveau des sculptures, et un escalier bien abrupt (et bien flippant) pour accéder à la tour-porche et avoir une vue d’ensemble. La renommée de l’endroit est dûe à la variété des scènes représentées ; quant à moi, les mots me manquent pour décrire l’impression de plénitude et de sérénité que l’ensemble dégage… Nous n’avons pas été dans quelqu’autre endroit appelant à une tranquilité et une spiritualité qu’ici. A mon avis, ça tient aussi au fait qu’on a pas voulu faire de visite guidée, programmée à 14h30, l’ouverture de l’après-midi étant à 14h ; tout le monde a attendu d’avoir le guide, et on a pu y entrer seuls. C’était un grand moment.

La beauté de l’endroit nécessite des yeux grands ouverts à la contemplation et invite par son atmosphère à l’introspection. Le paradoxe est subtil et tant pour l’abbatiale que pour le cloître, suscite une immense admiration pour les concepteurs de ce lieu ayant survécu aux âges.

* : petit aparté bouquins : il s’agit du dernier livre du Nouveau Testament chrétien qui raconte le gros bazar de la fin du monde. Il s’appelle aussi Livre de l’Apocalypse, et si vous voulez vraiment vous la raconter, vous saurez quoi dire pendant le repas de famille dominical : le mot apokálupsis signifie divulgation (révélation à peu de chose près) en grec, le thème du bouquin est la fin du monde de manière soudaine et brutale, et donc le sens moderne du mot apocalypse ne prend sons sens qu’à la lumière et à l’odeur poussiéreuse de l’étymologie. Rajoutez-en une couche en disant que le Jean qui l’a écrit n’est pas l’apôtre mais un type dont on n’est même pas sûr qu’il s’appelait Jean. Blague à part, c’est un ouvrage pas si connu -moins que les évangiles et autres actes des apôtres- à l’origine de beaucoup de mythes et récits repris notamment par la littérature moderne, les séries tv, les films plus ou moins nanardesques ; je vous conseille de le lire, que vous soyez religieux, spirituels ou rien de tout cela, car ses différents niveaux de lecture, son symbolisme permanent et le fait qu’il ait été difficilement reconu comme canonique en font un des ouvrages les plus intéressants que j’ai parcourus.

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6 thoughts

  • C’est beau ! c’est spirituel, je veux dire le lieu mais aussi le texte.
    Et en plus on apprend plein de choses, finalement c’est la fin des guides pour ce genre de lieu, ou alors on va pouvoir frimer en en sachant au moins autant qu’eux… 😉

    Continuez à nous faire rêver.

    • Merci ! Le guide, c’est justement celui qui doit apporter ce « plus » qui n’est pas forcément dans la construction : l’art de l’anecdote, la science du contact, c’est la moitié du boulot dans le guidage ; l’autre c’est la connaissance technique. Vu que nous, on est pas vraiment des experts en architecture, les guides ça reste très bien 😀 .

  • Tu m’as happée, là ! J’adore ta façon de raconter, entre vraie histoire et détails passionnants et délires (nanars, legos, meubles de grands parents). Je suis une immense fan de l’apocalypse, et de la série télé supernatural d’ailleurs ;)), c’est un de mes livres bibliques préférés, et tu m’as tellement tentée avec cette abbaye pleine de révélations très cryptiques… faut que j’y aille !

    • Merci beaucoup pour les compliments, c’est très important pour nous ! J’adore la symbolique en général (j’aime bien Supernatural aussi 😉 ), et le lieu en est truffé.

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